La Rivière à l'envers

La Rivière à l'envers
"On a tous notre rivière tu sais"


Un jour, un garçon que je connaissais à peine m'a dit ça. J'ai réalisé qu'il avait raison, tellement raison. Ma rivière, celle que vous voyez sur la photo, n'est pas mon exclusivité. Je l'ai bien trop longtemps pensé. Je n'en pouvais plus, de me dire que passer ma vie au bord d'une rivière ne faisait pas de moi une lâche. Je n'en pouvais plus car je savais que c'était faux. Alors vous voyez, j'ai pris une décision, celle d'écrire. C'est fou comme nos choix nous trahissent bien plus que toutes les belles paroles qu'on crache à la figure des autres.
Et puis, en me détachant du lieu qui m'apportait le plus de sérénité, j'ai aussi découvert la Beauté, la vraie. Vous savez, cet idéal que nous chantent Verlaine, Baudelaire ou encore Rimbaud. C'est pour ça que j'ai décidé de la capturer, capturer chaque fragment de vie qui la portait, et de l'immortaliser. Ici, vous trouverez des textes abordant différents thèmes plus ou moins originaux, alliant amour et folie, religion et maladie, ou encore absence et espoir. Des thèmes qui parlent de la vie, telle que moi je la perçois, mais aussi telle que j'aimerais la découvrir, un jour.

Voilà, vous savez tout. A présent, je vous laisse le choix, vous pouvez soit partir tout de suite de mon petit monde, soit décider de ne pas juger mon impudeur, mais de l'apprécier, la critiquer.
Merci.



Au fait, appelez-moi Aliénor.

# Posté le mardi 23 juin 2009 07:37

Modifié le lundi 14 septembre 2009 14:03

Mon corps est à jamais lisse et ferme

Mon corps est à jamais lisse et ferme


Mon corps est à jamais lisse et ferme.
Un corps que rien ne peut plus atteindre. Ni les insomnies, ni les sévices du temps, ni même les blessures infligées.
C'était hier soir, alors que j'errais seule et en dérive sur les berges de la Seine qu'il me l'a dit:

"Ton corps est à jamais lisse et ferme."
Que demander de plus? Pourquoi désirer autre chose? Contente toi de ce que tu as pauvre sotte, c'est déjà beaucoup.
"Tu ne le mérites pas ce corps, en es-tu consciente?"
Oui je le sais. Taisez-vous, je le sais. Arrêtez de le répéter, je vous en prie! A présent, je ne me plaindrai plus, jamais, c'est promis...
"Vraiment, alors je me tais."
...
...

Dites-le à nouveau, j'ai besoin de l'entendre. Ces mots ne me font plus peur vous savez, je peux les entendre, je veux les entendre. Allez-y, dites-le, criez-le.
"Ton corps est à jamais lisse et ferme. Sens-tu mon souffle sur ta nuque? C'est bien. A présent, le sens-tu dans ton âme? TON CORPS EST A JAMAIS LISSE ET FERME."
Oh oui, vous avez raison bien sûr. J'ai été idiote, très bête, et vous avez toujours eu raison...

"Regrettes-tu ton manque de foi?"
Je regrette, je regrette tant. Pardonnez-moi, je vous en suplie, au nom de mon corps, à jamais lisse et ferme, pardonnez-moi.
"Bien, c'est bien. Tu es repentante, je suis fier de toi. Sois toujours sage ainsi, et les portes de l'au-delà s'ouvriront à toi."

Je sens votre souffle dans mon âme. Il est chaud, brûlant, purificateur. Je sens vos caresses au creux de mes reins. Allez-y, sauvez-moi, vous le faites si bien...
Prenez votre temps surtout, mais prenez moi. Purifiez moi de l'engeance maléfique qui m'a trop longtemps habitée. Plus fort, plus vite!

"Tu aimes ça, je sais que tu aimes ça. Retourne-toi à présent. Oui comme ça, c'est bien, continue."
Oh, faites de moi votre instrument de paix. Vous êtes si bon mon père, avec la pauvre pêcheresse que je suis.
"Chut, tais-toi. Prie le Seigneur notre Dieu, qu'il t'accorde ses inombrables grâces."
Il m'a quittée, brûtalement.
"Ne raconte à personne notre petite entrevue, le Seigneur t'a choisie, les autres te jalouseraient. Ton corps est à jamais lisse et ferme, rappelle-toi..."

Je l'ai regardé partir, en souriant.


Et puis l'aube nouvelle m'a surprise, errant, entre tumultes et apaisements.


# Posté le mercredi 24 juin 2009 12:42

Modifié le mercredi 24 juin 2009 15:57

Son nom, c'est Dieu

Son nom, c'est Dieu


Laura elle croit en Dieu. Enfin, c'est ce qu'elle dit. Elle raconte à qui veut bien l'entendre que Dieu c'est son papa, un gentil papa avec qui elle peut parler, et qui l'écoute. Laura elle a beaucoup de choses à dire. Mais les autres, ils ne veulent pas l'écouter. Elle a comprit que ce qu'elle disait n'était jamais très très intéressant, alors elle se tait.
Par contre, Laura elle aime bien raconter ses rêves. Avant, elle les racontait à sa maman, parce que même si celle-ci faisait autre chose en même temps, même si elle ne s'occupait pas de Laura, ne la regardait pas, et bien Laura savait que sa maman la laisserait raconter son rêve jusqu'au bout, sans l'arrêter. Il n'y avait pas de "Oh vraiment Laura, tu ne vois pas que je suis occupée? Va donc jouer avec tes poupées". Maman elle ne disait jamais rien.

Alors Laura continuait à parler, à se saouler de mots, tous ces mots qui n'avaient pas le droit de sortir autrement. Elle décrivait ses nuits, parfois ça pouvait même durer plus d'une heure. Le rêve préféré de Laura, c'était celui où elle s'envolait avec un joli ange pour aller rejoindre son papa. L'ange s'appelait Gabriel, il disait qu'il veillerait sur Laura, et qu'elle pourrait lui raconter tout ce qu'elle voudrait.
La suite, elle ne s'en souvenait pas trop. Mais ça n'avait pas d'importance, elle savait que dans ce rêve, tout se passait bien. Et puis Laura se sentait bien comme ça; avec son papa qui l'écoutait, et sa maman qui s'en fichait.


Mais ça, c'était avant la maladie de maman.


Laura, je la trouve bizarre. Elle est pas comme les autres enfants, pas comme moi. Pendant la récré, je la vois jamais jouer à chat avec les autres. Je sais pas vraiment ce qu'elle fait en fait. Elle est toujours dans le même coin, assise par terre, avec un collier étrange qu'elle tripote entre ses mains. Le plus bizarre, c'est qu'elle ferme les yeux; comme si elle dormait, mais que je vois sa bouche remuer sans pour autant faire de bruit.
La maîtresse a dit que Laura était très triste parce que sa maman était malade, et qu'il ne fallait pas l'embêter. Alors j'me suis dis que j'allais pas lui proposer de jouer avec moi.
Mais un jour, j'ai commencé à la regarder, et j'arrivais plus à m'en détacher. J'crois que c'est à cause du soleil qui se reflétait dans ses cheveux. Alors j'me suis rapproché, et j'ai vu qu'il y avait un soleil dans tout son visage. Je sais que c'est pas très logique ce que je dis, mais j'vous jure que c'est vrai.
Laura, elle est jolie. Je le savais déjà, mais là c'est encore plus vrai. J'suis allé m'assoir à côté d'elle, j'voulais pas la déranger, mais elle était si jolie.

Alors elle a ouvert ses grands yeux bleux, et elle m'a regardé. J'étais pas très rassuré, j'lui ai dit d'une voix hésitante:

- Euh, ça te dérange pas que je sois là?
- Non non, j'suis contente que tu sois venu. Personne vient jamais.
-C'est vrai? Tu sais, je voulais te dire que même si tu es très triste parce que ta maman elle est malade, et bah je te trouve très jolie.


Elle m'a sourit.

-Pourquoi tu souris, t'es pas triste?
-Non, je suis pas triste.
-Pourquoi?
-Parce que mon papa il est là, et puis il m'écoute.
-Il doit être gentil ton papa, j'aimerais bien le rencontrer.
-Ferme les yeux. Tiens, prends ma main
.
-...
- Au fait, il s'appelle Dieu mon papa. Mais tu peux l'appeler papa aussi, si tu veux.

# Posté le jeudi 25 juin 2009 16:03

Nude






Son départ... Son départ, définitif cette fois-ci, a été destructeur. Il l'a laissée en lambeaux, comme ceux que sa grand-mère assemblait durant la Grande Guerre pour panser les blessures. Ces lambeaux-ci ne seront rassemblés par personne.












Une fois qu'il eut refermé la porte, Margaux éclata en sanglots. Ces sanglots qui commencent par tourmenter le bas ventre, qui montent puis déchirent la gorge gracile, pour enfin se dégager, en un soubresaut. Ses mains, celles de Margaux, tremblaient alors qu'elle ôtait son costume, alors qu'elle dégrafait son porte-jarretelles qui n'avait pas eut l'effet escompté. Elle avait osé espérer qu'il l'aurait retenu, qu'elle aurait put le garder auprès d'elle, juste quelques heures de plus.

Elle trouva finalement la force de se faire couler un bain. L'eau était brûlante, elle ne la trahirait pas. Cette eau meurtrissait la douce peau de Margaux, cette peau soyeuse sur laquelle le temps n'avait aucune emprise, malgré les douleurs, malgré les années. Cette peau qu'il avait tant aimé caresser.
Le souvenir de ses mains sur son corps, de son souffle chaud et haletant contre sa nuque. Le souvenir de lui fit frissonner Margaux, malgré toutes ses brûlures. Ne pas y penser, songer à autre chose qu'à ces moments de tendresse. Les souvenirs... Cette terrible vie qui n'en est pas une, et qui fait mal. Se rappeler ses accès de colère, lorsqu'il l'empoignait par le bras et la serrait jusqu'à ce qu'elle hurle de douleur. Le haïr pour son mépris, pour ce en quoi il l'avait transformée. Une âme torturée, un âme amoureuse. Oublier les « je t'aime » qui sonnaient vrai. N'entendre plus que ce mot, ce mot fatal qui avait fini par l'obséder « Une pute, tu n'es qu'une sale pute ». Ressentir de nouveau le coup au c½ur lorsqu'il la giflait. Oublier ce qu'elle éprouvait, et éprouve encore. Renier ses sentiments.

L'eau avait presque fini de couler lorsque les larmes de Margaux inondèrent une fois de plus ses joues. Ne pas se laisser aller à pleurer, surtout pas. Elle était forte, très forte. « Je suis faible, si pitoyablement faible ». Elle aimait se laisser glisser sous l'eau, tout doucement. Elle aimait sentir ses cheveux bruns flotter à la surface, et savoir qu'eux survivraient à l'asphyxie. Ses beaux cheveux. Et lui qui y passait ses longs doigts, sur toute leur longueur. Il disait qu'elle avait des cheveux de Sirène. Lors de l'amour, il les agrippait toujours. Elle avait très mal lorsqu'il jouissait, mais cela n'avait pas d'importance, elle l'aimait. Lui aimait ses cheveux, avant. Eux non plus n'avaient pas eu l'effet escompté.

La première fois que Margaux l'avait rencontré, elle avait sût qu'il serait différent de tous les autres. Il émanait de cet homme une sorte d'assurance, une distinction qui lui était jusqu'alors inconnue. Tous les hommes qu'elle avait jusqu'alors fréquentés étaient bestiaux, et sans aucune subtilité.
Dès le premier regard échangé, elle avait senti à quel point il serait agréable de lui appartenir, le temps de s'oublier. Et cette félicité avait duré 9 mois. Il venait la voir, toujours chez elle, et toujours à la même heure. 10h45. Onze heures moins le quart. Qu'il était délectable de l'attendre, de savoir qu'il serait au rendez-vous !

Il ne viendrait plus. « Ne te fais plus d'idées, sombre idiote ». Plus jamais.
Elle regarda avec attendrissement le joli c½ur qu'elle venait de dessiner au rasoir entre ses cuisses. Ses cuisses ouvertes, si tendres, le sang qu'il en découlait formant de mignonnes petites rigoles le long de ses jambes. Ses cuisses, ses jolies cuisses qui frottent. Offertes au temple de son amour pour lui. Les meurtrir n'était qu'une façon de plus de maudire le passé, de le maudire lui.

Elle sursauta lorsqu'on frappa à la porte d'entrée. Se leva en précipitation de son bain, essuya le sang qui coulait et se drapa de son peignoir de soie. Elle alla ouvrir à son nouveau client. « Tiens, les affaires reprennent » pensa-t-elle lorsqu'il se jeta sur elle pour l'embrasser goulument.



Don't get any big ideas
They're not gonna happen
You paint your smile
And fill the holes
There'll be something missing

Just when you found it
It's gone
Just when you feel it
You don't
It's gone forever

She stands stark naked
And she beckons you to bed
Don't go, you'll only want to come back again

So don't get any big ideas
They're not gonna happen
You'll go to Hell
For what your dirty mind is thinking

And now that you found it
It's gone
Now that you feel it
You don't
It's gone forever

# Posté le samedi 27 juin 2009 12:23

Modifié le samedi 27 juin 2009 12:40

Silence, tu l'aimes

Silence, tu l'aimes

«Tu l'aimes, je sais que tu l'aimes. Peu importe tes démentis, tes promesses. Silence, tu l'aimes.
Je te vois le soir, tu as toujours cru que j'étais incapable de t'observer. Détrompe-toi. Tu rentres à la maison, fatigué, las. Parfois, dans un sursaut de conscience, tu m'embrasses. Nos baisers sont sans saveur, ne le sens-tu pas ? Bien sûr que si, mais tu n'y fais même plus attention.


Cette vie, celle que nous menons, tu la méprises. Il t'arrive d'étirer un faible sourire alors que je te parle. Est-ce parce que tu penses à autre chose ? Je ne le sais jamais. Tu es ailleurs, c'est évident. Le soir, tu te couches à mes côtés mais rien ne te fera me parler. Je suis de mauvaise foi. Il t'arrive de me parler. Pour ne rien dire, la plupart du temps. Quant à ce qui est de m'écouter... Non, jamais de la vie. Je ne suis pas aveugle tu sais. Peut-être l'ai-je été, pendant trop longtemps. Tu me disais que tu aimais cet espoir qui s'accrochait à chacun de mes rêves, autrefois.
Moi je le maudis, ce foutu espoir. C'est lui qui m'a fait croire en toi, croire en notre amour. Croire que je pourrais construire quelque chose avec quelqu'un. Tu vois, j'ai été doublement aveugle. Et pourtant, c'était si bon. C'est pour ça qu'aujourd'hui, j'ai du mal à te laisser partir. Il le faut pourtant. Tu es mon captif, mais plus pour longtemps. Comprends-tu ? Je ne supporte plus tes regards languissants, qui crient ton besoin d'évasion. Je n'ai jamais voulu être ton bourreau, jamais. C'est toi qui as fait de moi cet être égoïste, un être qui s'est longtemps contenté de ce que tu voulais bien lui donner. Comme un vautour qui prenait les restes, les restes morts, déchiquetés. Les restes d'un amour que je n'ai jamais mérité. Tu vois, je te libère, va-t-en. Dépêche-toi enfin ! Je n'ai plus besoin de toi. »


Il m'a écoutée, en silence. Je crois qu'il a compris ce que je lui disais. Même alors que je lui faisais ma « déclaration », si longuement et minutieusement préparée, il semblait n'y accorder aucune importance. J'ai eu envie de le gifler, le griffer, le mordre, lui ôter cette indifférence qui me torture toujours autant.
Finalement, il est parti, et moi je ne lui ai pas dit au revoir, parce qu'au fond, je savais bien que je ne le reverrais jamais. Je suis allée me couchée, même s'il n'était que 18h, je m'en foutais. Du calme, il me fallait du calme.
Mais il ne venait pas, ce connard. Je n'en pouvais plus, j'étouffais. Et puis voilà, je l'ai entendue, cette voix.

« Le sang au bord des lèvres. La foudre au bord du c½ur. C'est au devant qu'il faut poser tes yeux. Pourtant, seul un gouffre s'étend devant toi. Déjà tu te sens trébucher. Tu ne t'es pas perdue, c'est elle qui t'a trouvé. Enterrée dans les miasmes du passé. Nue, caressée par la soie de la mémoire. A sourire pour se cacher de l'évidence. A vomir pour évacuer les décombres de la vie. Si l'une se débat, l'autre s'en va. S'endort. Pour oublier qu'elle le peut encore. Oublier qu'elle vivra toujours, les yeux maculés d'amour.
Il fait si froid quand le jour se lève. Il y a tellement de mal infiltré dans ce rêve. N'entends-tu pas ton corps appeler? Ne sens-tu pas tes pieds se dérober? L'heure se languit, humide du souffle de force qui l'a reconstruit. La main tendue vers le vide, les mots perdus au creux de l'avide. Assied toi dans sa voix aux reflets de cristal. Fixe une ultime fois les racines du mal. Pour mieux les pétrifier. Cette image. Ce visage. Dans un coffret d'éternité.

Vivre sans lui, vivre sans lui. Vivre sans. Vivre. L'enfermer là-bas, dans le grenier des souvenirs, ne pas rouvrir la boîte, et tout ira bien ma chérie, tout ira bien."


Continuer à s'accrocher aux mots. Pour des jours nouveaux. Fâchés avec le beau.


# Posté le dimanche 05 juillet 2009 11:01